mardi 13 décembre 2016

Vision et audition au travail après 50 ans

enquête sur la vision et l'audition des plus de 50 ans au travailTravailler plus longtemps, c’est une réalité que les candidats à la présidentielle nous rappellent en ce moment. Il faut s’y résigner. Selon les derniers chiffres de la Dares, en 2015, 48,7 % des 55-64 ans ont un emploi en France et ce chiffre, encore très au-dessous du taux d’emploi d’autres pays d’Europe du Nord, devrait encore augmenter.

L’altération de la vision et de l’audition avec l’âge et ses impacts sur le travail ont été jusque là peu explorés. Optic 2000  et Audio 2000 se sont penchés sur la question avec leur Observatoire de la Santé visuelle et auditive. Des spécialistes ont contribué à ce dossier : ophtalmologiste, ORL, médecin du travail, sociologue et ergonome.

La vision et l’audition sont deux sens majeurs qui sont altérés par le vieillissement.
Aujourd’hui, on sait que garder ses capacités sensorielles opérationnelles est l’un des garants d’un vieillissement en bonne santé. C’est aussi un atout pour rester performant dans son travail.

L’enquête sur la vision et l’audition au travail


L’Observatoire de la santé a mené une enquête auprès de 1000 actifs de plus de 50 ans.
93 % d’entre eux déclarent ressentir des troubles de la vision, 76 % ressentent des gênes visuelles occasionnelles et 9 %, (soit près de 1 sur 10 !), déclarent des pathologies oculaires (cataracte, glaucome, DMLA …). Pour 27 % d’entre eux, les lunettes ne sont plus adaptées à leur vue.

Du côté de l’audition, 41 % ressentent des gênes auditives, 30 % affirment souffrir de troubles de l’audition et parmi ceux-ci, 90 % ne sont pas équipés en aide auditive.

Même si cette enquête est déclarative, ces chiffres sont édifiants et laissent penser que vision et audition ne sont pas aujourd’hui les thèmes majeurs de la santé au travail.



200 médecins du travail ont également été interrogés. 88 % déclarent faire systématiquement un dépistage visuel et 34 % un dépistage auditif. Ce dernier chiffre semble assez étonnant. Que ceux qui ont bénéficié d’un dépistage auditif en médecine du travail lèvent le doigt ! En 40 ans de vie professionnelle, je n’en ai jamais subi. C’est peut-être réservé aux milieux industriels où le bruit est omniprésent, mais quand on parle de senior au travail, il semble qu’une attention particulière devrait être apportée à l’évolution de l’audition.


Vision au travail après 50 ans


La presbytie s’installe aux alentours de 43 ans. Le cristallin perd de sa souplesse, on accommode moins bien et il devient difficile de lire de près. On éloigne le texte à lire, et quand les bras deviennent trop courts, c’est une évidence, il faut se résigner à consulter un ophtalmologiste et à porter ses premières lunettes.

La nécessité de fixer l’écran pendant de longues périodes, fatigue les yeux. Mais contrairement à beaucoup d’idées reçues, les écrans ne provoquent pas défaut visuels, mais ils les révèlent.

Pour regarder son écran, on utilise beaucoup sa vision intermédiaire et une paire de lunette à mi-distance améliore le confort et évite des positions de la tête qui peuvent provoquer des douleurs aux cervicales.

L’air conditionné ou le stress réduisent les sécrétions lacrymales, provoquant picotements et fatigue.

La baisse des performances auditives après 50 ans


Concernant l’audition, la perte auditive est plus insidieuse. A partir de 25 ans, on perd 1 % de ses capacités auditives chaque année. Cette perte devient gênante vers la soixantaine. C'est la presbyacousie. On entend moins bien en milieu bruyant, comprendre une conversation demande plus d'attention, on perd l’audition des aigus, ce qui rend très inconfortable les réunions …. Or, aujourd’hui, 29,4 % des 60 - 64 ans sont encore actifs. Et pourtant, l’âge du premier appareil auditif est à 72 ans. On voit qu’il y a un axe de progression très net concernant les troubles de l’audition.
Selon les spécialistes, une baisse d’audition de 30 dB provoquerait un vieillissement prématuré de 6 ou 7 ans.
Le bruit ambiant limite aussi les capacités d’attention. On peut mettre jusqu’à 4 fois plus de temps à comprendre ce qu’on lit.


L’avis de l’ergonome


L’intervention de Willy Buchmann, ergonome et enseignant au CNAM,  a également donné des éclairages tout à fait intéressants sur l’aménagement du bureau. L’écran doit être placé perpendiculairement à la fenêtre. Concernant l’éclairage, l’idéal et de coupler un éclairage général et un éclairage individuel qui permettent de garder un confort de vision et de fournir à la demande l’éclairage supplémentaire dont a besoin le senior presbyte.

Le remède à la fatigue visuelle passe par des mesures très simples à diffuser dans l’entreprise : se lever toutes les heures, cligner des yeux quelques instants pour rétablir le film lacrymal, fixer un point au loin pour reposer les muscles des yeux.

Concernant le bruit de fond très gênant dans les open space, l’installation de cloisons à mi-hauteur atténue le bruit. On peut également porter des bouchons sur mesure qui atténuent certains bruits gênants tout en permettant de suivre les conversations.


Que peut faire l’employeur pour accompagner les actifs seniors


Etre performant jusqu’à la fin de sa vie professionnelle passe aussi par une prise en compte des effets du vieillissement. Les employeurs doivent en être conscients.

S’occuper de la vision de ses collaborateurs, c’est s’assurer que leur correction visuelle est adaptée. Pour cela, Optic 2000 organise dans les entreprises qui le souhaitent des journées vision où sont évoqués différents thème autour du vieillissement de l’œil, avec un dépistage et la possibilité de réaliser des équipements optique. Un service similaire est organisé par Audio 2000 pour l'audition.

La première chose est de s’assurer du confort visuel et auditif de ses salariés par un aménagement optimal des bureaux. La seconde est de favoriser le dépistage des troubles auditifs et visuels par un accès à la médecine du travail ou des journées d’information. La troisième est de faciliter l’accès aux lunettes et aux appareils auditifs par le choix d’une mutuelle performante, ou par la prise en charge de l’équipement nécessaire : bouchons d’oreilles ou pourquoi pas lunettes de proximité, verres filtrants …

Cependant, il ne faut pas dramatiser non plus ces baisses de performances visuelles et auditives et stigmatiser les seniors. Comme le rappelle Anne Marie Guillemard, sociologue, le vieillissement n’est pas synonyme de perte d’efficacité. Les seniors bénéficient aussi d’une expérience et de valeurs humaines très utiles en entreprise. Par ailleurs, ils savent développer des stratégies de compensation pour remédier à ces baisses de performances.

Pour retrouver ce dossier de l’Observatoire de la Santé « vue et audition des + de 50 ans au travail », c’est ici.



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